Neuvième page du "Journal de Léonce".
Mercredi 30 mai 2012
Aujourd’hui j’ai Staline à la maison, le petit pépère des peupliers, comme y dit Marcel. Faut dire, les peupliers il en connaît un bout Staline vu comment il les arrose. Staline c’est le chien de
Marcel. Il l’a appelé comme ça passeque d’une part depuis tout petit, le toutou adore l’Internationale. En version géorgienne !
Tout à l’heure je me faisais promener par le chien pour lui faire sa petite ballade du matin.
Et c’est aussi pour embêter Josef Pedzcek, notre plombier polonais à nous, qui est un peu son papa… pas à Marcel ! mais au toutou. En effet, Josef il a une chiyuayua, Gertrude. Un jour celle-là
s’est faite coincer par Riton, le rottweiler du père Lefranc… et elle en a eu une portée de trois chiots. Y en a deux on sait pas ce qu’y sont devenu, peut être des chiens de traineau du côté des
mines de Varsovie ou un truc comme ça.
Mais le troisième, c’est Marcel qui l’a trouvé un jour dans son jardin en train de lui becqueter ses poireaux. Marcel, ça l’a tellement fait rire qu’il a adopté de suite le poulbot. Ensuite ça a
fait tout un fromage avec le Josef. Faut dire y s’entendent pas trop ces deux-là, ça grabuge !
Bref, le Josef voulait porter plainte pour enlèvement d’enfant. Mais l’inspecteur Judel lui a expliqué que mineur ou pas, son toutou c’était quand même qu’une bête et que si elle avait choisi le
Marcel s’était peut être passeque les voix du seigneur sont décidément impénétrables… moi personnellement je le soupçonne, l’inspecteur, d’avoir usé d’un câble gros comme ça pour faire passer la
pilule au Josef… tout le monde connaît sa démotion envers la famille à Jésus au Josef.
Mais ça reste quand même une pine dans le pied à la famille Pedzcek. Y peuvent plus se voir en gravure.
Donc, rien que pour moustiquer çui-là, Marcel y l’a appelé Staline. Y dit d’ailleurs que la seule chose en rouge qui doit pouvoir voir, ça doit être une bouteille de Gévry, et encore, sans doute
que du blanc.
Staline il est gentil tout plein, surtout avec les enfants, mais sinon y l’a un caractère de goret. Mais très ciblé. Tout à l’heure je me faisais promener par le chien pour lui faire sa petite
ballade du matin. Et j’ai croisé le père Karl, y doit bien le connaître, passequ’il m’a salué, mais en restant à une bonne dizaine de mètres. Pendant ce temps là, lui, Staline, il était comme fou
amoureux, il faisait du deux pattes en disant des choses bizarres dans son langage à lui, la langue pendante et les crocs bien huilés. C’est quand j’ai voulu serrer la main du père que çui-ci y
s’est mis à courir en disant qu’il était en retard à une confession. C’est beau quand même la conscience confessionnelle !
Après on est allé au Bar tous les deux, il a son tabouret attitré Staline, y a même son nom dessus pour pas que quelqu’un se trompe. Les accidents sont si vite arrivés ! Il a pris une petite
bière. Jules, le patron, il lui garde toujours un fond de bock.
Ensuite je suis allé voir Paulette. Mais Ahmed, y l’a pas voulu que je rentre dans l’épicerie avec Staline, faut dire qu’une fois, le mollasse lui a ruiné son rayon charcute. Donc j’ai fait le
tour et j’ai papoté agréablement avec ma Paulette pendant que Staline s’acharnait sur un ballon de foot. Faudra que j’en offre un nouveau !
Pis ensuite je suis revenu à la maison pour déjeuner. Je savais pas trop quoi lui donner moi au Staline, j’ai opté pour un pot de bouillie pour bébé que Rosa, ma petite fille avait oublié y a
quelques années, quand elle venait avec sa petite dernière, la Caroline. Elle était bébé à l’époque ! Elle va sur ses douze années maintenant… alors son pot de bébé elle en aura plus le besoin
que je me suis dit !
Pendant que je préparais mon déjeuner, Staline s’était installé sur mon fauteuil à lire et y s’est intéressé au programme télé. Il l’a bien épluché, si bien que je suis bonne pour me le racheter.
Marcel, je crois qu’il devrait plutôt lui apprendre à lire à Staline !
Je me suis préparé ma petite tranche de steak et mes haricots verts et en face de moi, de l’autre côté de la table, j’ai mis la bouillie pour Staline dans une assiette.
C’est à ce moment-là où je me suis aperçu que ma bouteille de table était presque vide. J’ai donc été à la cave pour aller en chercher une autre.
Au retour, Staline était assis à ma place et finissait de bouloter mes haricots verts en balançant la queue d’un air satisfait. Je l’ai regardé incrédule et il s’est retourné vers moi en me
léchant de bonheur. J’étais avec ma bouteille à la main… Faut prendre les choses avec philosophie comme qu’y dit Marcel. Alors je me suis assise à la place de Staline, en face de lui. Il agitait
toujours la queue et me faisait ses grands yeux de bête heureuse.
Je me suis servi un verre et un peu aussi dans le fond de l’assiette au clebs… mon ex-future assiette. Il aime le vin aussi le bestiau !
Et moi je me suis remis à la bouillie. Avec un peu de pain c’est très correct, c’est même bien pour de la restauration rapide.
Ensuite on a regardé une cassette vidéo sur mon toscope. C’était “Ben Hur”. Mais quand Marcel est arrivé pour rechercher son clébard, Staline y voulait pas décoller. Il était tombé raid dingue du
Carlton Estonne. Faut dire, il est bien membré le demi-nu… et Staline y l’était pas le dernier a être tombé dans le charme.
On a fini à trois le film, sur ma banquette, Marcel avec une petite bière, moi avec un thé et Staline entre nous deux avec un fond de kir.
J’ai dû m’endormir, car quand j’ai réouvert les hublots, chien et Marcel étaient plus là et y avait sur ma table une tranche de steak toute neuve avec un petit mot de Marcel :“Merci Léonce, le
petit père t’ayant enquillé goulument ta tranche, en voilà une toute belle pour remplacer. Bisous”.
Y l’est gentil mon Marcel. Ça sera pour mon déjeuner de demain. Je garde le rottweiler du père Lefranc.
Léonce.
A demain pour le Citoyen Marcel du jeudi !
-Denis-